Héros

de Denis Jampen, Arno Bertina (contributions)
Maison d'édition : éditions MF
Collection : Inventions
février 2015

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Livre papier
format 130 x 180 120 pages En stock
12,00 €

LE LIVRE

Né en 1956 dans le Jura Suisse, Denis Jampen meurt à Bangkok en 2006. En 1975, à Paris où il est rédacteur pour la revue Minuit, il commence l’écriture de Héros. Ce texte ne sera, jusqu’à ce jour, jamais publié. Denis Jampen avait alors dix-neuf ans. Cette précision importe tant le livre est choquant par ce qu’il met en scène : cinq “guerriers” bivouaquant dans un parc, à l’intérieur d’une ville conquise, dans laquelle ils commettront viols et assassinats. La “guerre” ici décrite, en l’absence de tout ancrage référencé, est de tous les lieux et de toutes les époques. Mais, plus que son sujet, aussi noir et perturbant soit-il, c’est sa phrase qui retient immédiatement l’attention du lecteur : enchevêtrée, saccadée, sans cesse interrompue et sans cesse relancée, elle donne à ce texte une beauté saisissante. Quarante après son écriture, Héros n’a rien perdu de sa puissance de sidération.

Le texte est suivi d’une postface de l’écrivain Arno Bertina, auteur, notamment, de trois livres aux éditions Verticales (dont Je suis une aventure, paru en 2013).

Cet ouvrage a bénéficié du soutien de la région Île-de-France.

  

EXTRAIT

Ils ont vu un soleil s’y lever, et s’y coucher un soleil – dans la baie, échancrée abrupte sonnant du ressac, aux contours qu’estompe, de la lune, la pâleur laiteuse, tamisée par instants de noirs copeaux distendus, qui, sous leur glissement rapide, renversent, en cachant des étoiles, les constellations déjà placées, celles que n’entament pas les nuages roses, bossués de gris perle, dont les plus bas, s’étirant lentement en ventre mauve (bande déchiquetée qui, sur l’horizon, s’effrange) se désintègrent, les flocons détachés, contre le ciel terne, le mouchetant de corolles flétries à la dérive, se noient, aspirés.

Brûle leur peau griffée par les broussailles, éraflures fraîches auxquelles collent les vêtements de coton qu’ils portent, trempés de sueur : le maquis, d’où ils sortent, donne sur une falaise ; ils en suivent l’arc jusqu’à la faille d’un éboulis, remplie de pierres, qu’ils empruntent, descellées, pour descendre, se laissent entraîner, jambes fléchies, dérapant entre de gros blocs que leur masse maintient fermes, à quoi ils butent et se dirigent, dans un fracas de caillasse remuée ; un guerrier, Kenys, campant sur la grève, vient vers eux, arme braquée qui luit selon les vagues.

Dans l’après-midi, se refaisant au milieu des hautes tiges, bruissantes d’un frôlement continu, qui les séparent, quelques mètres de l’étroite piste, tassée et sablonneuse, où s’avancent, contre eux, ayant par leur détour hors de la voix dégagée, aplati les herbes, des guerriers, ils les aperçoivent un à un, début et fin d’une file dont le noyau est des adolescents, lignée de têtes serpentant au-dessus des épis vert intense ; un de ces derniers, à terre, jambes repliées, que pansent des bandes rougies de sang, appuyé sur un coude, son bras levé oblique, main tendue vers, comme son visage, un autre, venant de lancer, avec une enjambée plus longue, son épaule en avant, détachant ses doigts de ceux du blessé, qui s’abat, sous un froissement végétal, feuilles souples brusquement lâchées, après une contraction le resserrant en boule, membres qui balaient, se détend, mort, tandis que continue l’autre, les yeux fixés sur, quittant le sentier, s’y posant avec un peu de poussière ocre soulevée, les talons nus et les chevilles, qui le précèdent, pantalon bleu sombre étriqué, apprêté de transpiration, que plisse, depuis le genou jusque derrière le jarret, le déplacement, fendant l’air grevé de chaleur, et une ample chemise, rose pâle de carapace, flottant, collée aux épaules, le long des flancs qu’elle épaissit gonflée, dont la fente, au bas des manches, montre les poignets fragiles, détendus suivant le balancement des avant-bras.

Le lendemain, en vue de leur dernière nuit ici, chacun pour un autre, ils se dressent, à la limite que battent les rouleaux du flux, des couches de varech séché, apporté par brassées blanches, légères et parfumées, qu’ils placent côte à côte, sur une bande de sable dégagée, auparavant, des plus gros galets, avec lesquels ils ont visé, ou un récif poli bleu sous l’eau le lustrant, ou la muraille, le plus près possible de la chute de sa courbe, de rochers fauves, ou une touffe de buissons suspendue dans une coulée caillouteuse, ou une plaque de pierre rousse qui, atteinte, dégringole en éclats friables, ou la jonction du rivage et de la falaise, dominant le large que recule encore le resserrement de la crique, ou à l’intérieur d’une petite grotte, dont l’ouverture s’offre de travers au-dessous d’un bloc verdâtre, arrondi, accessible à marée basse, ou pour atteindre, faisant jaillir une gerbe d’écume, l’ombre d’une mouette, ailes déployées, qui tourne et plonge ; – s’y allongeant, ils en éprouvent la souplesse.

Disponible en chapitres numériques

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Livre papier

Editeur : éditions MF

Auteur(s) : Denis Jampen

Collection : Inventions

Publication : 1 février 2015

Edition : 1ère édition

Intérieur : Noir & blanc

Support(s) : Livre papier

Poids (en grammes) : 200 (Livre papier)

Langue(s) : Français

EAN13 Livre papier : 9782915794649

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