En général, on les voit plutôt comme des agrégations un peu suspectes entre «copains et coquins». D’une alliance politique, on attend qu’elle soit due à un partage de valeurs ou d’idéaux, à des intérêts communs, voire à des accords programmatiques : on la destitue, si on la dit causée par des… affinités, des copinages ou des sentiments amicaux. Mais est-ce si patent ? Professeure de philosophie en classes préparatoires littéraires et directrice de programme au Collège internation de philosophie, Valérie Gérard prend à rebrousse-poil le sens commun : s’orienter «par affinités», sans même être tenu par un souci de vérité, serait plus propice à la vie en commun que l’union politique fondée sur des accords rationnels. «C’est, paradoxalement, l’orientation affinitaire, sensible, consciemment partiale, plus qu’une prétention à s’orienter d’après des raisons, qui est la plus à même de faire une place à la coexistence de la multiplicité, parce qu’elle reconnaît l’absence de principe et donc l’illégitimité de toute prétention à l’uniformisation du monde». Thèse originale, que Valérie Gérard renforce par des références à Platon et à Aristote, à Simone Weil, Hannah Arendt ou Judith Butler, aux littératures et aux théories politiques féministes, et qu’elle étaie sur un travail d’enquête prenant en compte les «traités» mais aussi les affiches, les banderoles, les graffitis, les slogans (Twitter : «Vous êtes qui par rapport à qui ?»).

Robert Maggiori