Catherine Malabou se penche sur le livre de Valérie Gérard dans sa chronique philosophique, qui commence par ces phrases :

 « C’est une réflexion stimulante et bien­venue que nous propose Valérie Gérard dans Par affinités. Sa question de départ est à première vue déroutante : qu’est-ce qui guide nos convictions politiques ? Nos idées ou nos amis ? N’est-ce pas en effet toujours la logique affinitaire qui guide nos convictions ? Loin de la déprécier, l’auteure défend cette logique, qui n’a rien à voir avec la rigidité clanique. “La logique affinitaire n’est pas une logique identitaire ; ce n’est pas une logique du même.” En effet, “être attiré par affinité vers telles personnes, tels groupes, telles œuvres, est une manière d’être en relation et affecté par les relations. Les affinités sont relationnelles”.    
     Une telle vision de la primauté, en ­politique, des affects sur la raison n’est-elle pas toutefois dangereuse ? Hannah Arendt (1906-1975) n’insistait-elle pas, après Aristote, sur la nécessité de préférer la vérité à l’amitié ? Peut-être, mais lorsqu’on se demande ce qu’est se rapporter politiquement au monde, on ­découvre qu’un tel rapport provient d’abord d’un sentiment de proximité avec ceux qui incarnent les idées. Idées qui ne peuvent jamais être abstraites de leur présence sensible.
“Les gens, avec leurs manières d’être, d’habiter le monde, passent avant les idées.” »