Poppermost : considérations sur la mort de Paul McCartney de Pacôme Thiellement

Collection Inventions – Essai

12 x 21 cm – 208 pages – 16 euros
ISBN : 978-2-9157-9459-5

L’ouvrage

Poppermost part d’une hypothèse qui troubla son auteur : la pop music aurait changé le monde et surtout la manière dont on le comprenait. Alors, épaulé par les chansons des Beatles qui en suggéreraient l’essence, il a décidé de voyager à travers ses principales notions, baptisées ici : expropriation originelle, imposture, tour, tournure, qui distingue la pop music (anglaise) du rock (américain) basé au contraire sur l’idée d’authenticité et la figure maîtresse du héros.

Pourquoi y a-t-il de la paranoïa plutôt que rien  ? Alors que les chansons des Beatles ne parlent que du bonheur et de l’amitié, leurs fans y virent les traces d’un complot masquant la mort de Paul McCartney, tué dans un accident de voiture à la suite d’un pacte satanique permettant au groupe d’accéder à la gloire. Alors que les chansons des Beatles ne parlent jamais du diable, les membres de la Family de Charles Manson y virent les signes annonciateurs de la bataille d’Armagedon exigeant de leur part le sacrifice de Sharon Tate. Alors que les chansons des Beatles parlent du tour qui dépasse les notions d’identité ou de propriété, Mark David Chapman, fan mimétique, assassina John Lennon dans l’objectif de devenir le «  vrai John Lennon  ». La musique des Beatles est une révolution, mais celle-ci s’est retrouvée bloquée, retournée sur elle-même, remplacée en son contraire. Poppermost est un voyage vers le royaume des fées, occulté par deux mille ans de christianisme et de postivisme  ; une tentative de régénérer les idées d’amour et d’amitié  ; une invitation à reprendre la parole des Beatles, entendue et oubliée  ; un talisman marquant nos retrouvailles avec cette magie immanente qui donne sens à nos vies.

Cette nouvelle édition est suivie de textes inédits de Mark Alizart, Claro, Aurélien Lemant, Laure Limongi, Wilfried Paris, Pierre Pigot et Laurent de Sutter, auxquels Pacôme Thiellement a ajouté sa propre contribution.

Cet ouvrage a bénéficié du soutien de la région Île-de-France.

L’auteur

Pacôme Thiellement est né en 1975. Il a écrit de nombreux essais sur la pop et la gnose, parmi lesquels : Poppermost (sur les Beatles, MF, 2002, réédition 2013), La main gauche de David Lynch (sur Twin Peaks, PUF, 2010), Tous les chevaliers sauvages (sur Hara-Kiri, Philippe Rey, 2012) et Pop Yoga (Sonatine, 2013). Il est l’auteur de 52 films avec Thomas Bertay regroupés sous le nom Le Dispositif.

Extrait

En rééditant le livre de Pacôme Thiellement – Poppermost, considérations sur la mort de Paul McCartney –, les éditions MF rendent un service non seulement à l’histoire de la pop, mais à celle de la transmigration des âmes. De nouveaux lecteurs vont donc pouvoir monter à bord du sous-marin jaune du mage Thiellement, direction l’inconnu pour trouver du nouveau. Ils s’apercevront ainsi, errance faisant, qu’il ne s’agit pas d’un énième livre sur les Beatles. On assiste plutôt là à une nouvelle aventure de la méthode schizo-analytique dont Thiellement relance la donne en la nourrissant de réflexions pop : à l’ombre du quatuor lysergique, l’auteur se penche comme on prie sur la question du devenir, et de son avortement. Quand devient-on Beatles (ou plus précisément « autre », « walrus ») ? Quand cesse-t-on de déplier le désordre du monde pour redevenir celui qui ne devient plus mais se contente de passer par les cases de l’être?
Le grand concept à l’œuvre dans le livre est celui de « tour », que Thiellement décline également en « entourloupe ». Être l’homme-œuf demande un certain sens du vertige, façon derviche. Éclairant cette histoire de « tour » aux lueurs d’un autre mage – Lewis Carroll – et de quelques envoûtés comme Artaud, confrontant l’entreprise des Beatles aux derniers avatars du christianisme, Thiellement finit par créer un livre d’un romantisme très particulier, un romantisme irradié où la question de l’identité est sans cesse soumise à l’estrapade, comme s’il importait, jusqu’au bout, d’être « naïf » (au sens poétique) et de croire, une avant-dernière fois (celle-là, seule, compte), qu’il est possible de se défaire de soi-même, une bonne fois pour toutes, et ce sans verser dans les ornières diverses qui accompagnent l’infini des chemins pop rock (satanisme, guitar-héroïsme, mercantilisme, etc., tout ce qui lie le rock et la pop à une orthodoxie cheap). Le livre se double en outre d’une belle visite aux Residents, qui aide à mieux comprendre les avatars des groupes de l’après-culte. L’anonyme comme phase deux du collectif. Deviens ce que personne n’est : ni toi ni lui ni les autres, mais all together.
Riche et furibond, généreux et bousculeur, truffé de freaks et de tricks (mais ne trichant jamais avec le lecteur – l’auteur est bien trop généreux pour ça), Poppermost redistribue les cartes de la mythologie pop (malicieux tarot…) et, dans une langue qui se rêve et se déplie sans organes, approche au plus près de la couture entre Dr Éros et Mr. Thanatos, l’air de rien, comme si la ritournelle du devenir butinait le plus noir sillon.
C’est le livre d’un troubadour shooté à la pensée, un livre joyeux, funambule, qui ne laisse entrer la tristesse que pour mieux l’enlacer de ses lignes de fuite, possibles ou impossibles. C’est aussi un livre sur l’amitié, donc un livre de philosophe, entre marteau et enclume, qui attrape sans cesse le lecteur par les épaules pour l’entraîner dans une barcarole, possiblement nervalienne, dont le nom reste à inventer. Bref, une revolution 9 + 1 + 1…
C’est le livre de celui qui sait que {I am he as you are he as you are me and we are all together.}

Claro