Pas de deux de Pierre Parlant

Collection Inventions

GENRE : roman, poésie

COLLECTION : Inventions

NOMBRE DE PAGES : 192

FORMAT : 12 x 18 cm

PRIX : 12 euros

ISBN : 2-915794-08-3

DATE DE SORTIE : Mars 2005

L’ouvrage

Le titre est ambivalent ; le « pas de deux » est un pas de danse – pour deux personnes sans doute –, rythmé, allègre, mais c’est aussi la transcription sèche, en style télégraphique, d’une solitude radicale : personne pour prendre en charge l’altérité. Il n’y a pas d’autre, pas de compagnon pour renvoyer une image de lui à ce Jeanjean qui est au centre du livre. De fait c’est une figure minimale que nous présente Pierre Parlant : « L’ignorance absolue qui le qualifiait, faisait de lui, Jeanjean, un être de renom sans renommée aucune ». Une figure étonnante, qui tiendra de l’idiot et de l’enfant. Une sorte de courant d’air ou un entre deux lancé à la recherche de ces moments rares où les choses du vivant apparaissent sans être tuées immédiatement, figées par les noms qu’on leur donnera. Pas de deux ou la recherche fascinante d’une langue décloisonnée, qui ne fera pas de Jeanjean un pur personnage de fiction mais autre chose.

L’auteur

Pierre Parlant, né en 1957, n’est plus un jeune homme. Il vit et travaille dans le Sud de la France, est agrégé de philosophie. À fondé et dirigé la revue de littérature Hiems jusqu’à son dernier numéro paru en 2003. Tient avant tout la poésie pour un régime de la langue. Ne croit pas à la consistance des genres. Compose en alternance des livres de prose non romanesque ou des poèmes qui intriguent. Ouvre souvent pour s’en nourrir des livres écrits parfois depuis longtemps. N’accorde pas d’estime particulière à la notion d’Histoire. Sait gré pourtant à certains écrivains d’être des contemporains. S’essaie quelquefois à rendre compte de l’effet qu’ils produisent sur lui. Derniers articles en date, sur Andrea Zanzotto, Hubert Lucot, Pascal Quignard, Marc Cholodenko, Jean-Marie Gleize, Anne Portugal, Patrick Beurard-Valdoye, etc. Considère qu’apprendre à lire est une activité joyeusement déceptive. Aime pratiquer la lecture publique. Ne tente jamais d’expliquer pourquoi.

Extrait du livre

I

Ce moment est celui de l’appartement témoin, suivez-moi, la chambre est à venir. Attention, c’est une chambre à tous, pas un réel dancing. On y accède à la fois par avantage et par vexation. Nulle échappée n’est persuasive et vous n’y trouverez pas de passe-plats, personne n’est refait, chacun intervient peu. C’est dire qu’à pareil lieu sied un logis par nature commode.

Voilà, nous y sommes.

Poussière, pelotes, sciure font un parterre parfaitement damé, impeccablement élagué d’historiettes, libre d’atlas. Au sol, capsules, mi-sol, flottille éparse, corps citadelle, et là, la comédie et son devancement lustré partout si l’on insiste. Autrement dit, la chansonnette, les ornements sont prêts, l’auguste fuite rabat sa couverture, l’appareillage des bricoles et les beaux discours amoureux sont à portée de main. Tendons l’oreille et ouvrons l’œil, nos deux sens sublimés. Certes, en droit, ce dernier ne bute jamais que très loin de lui-même – de ce principe procèdera l’enthousiasme qu’on sait, le crâne est forcément l’unique plafond, n’est-ce pas, fût-il support de fresque délicate.
Bref, quoi qu’il en soit de la façon, on se défiera de l’égard qu’on craint souvent rhéteur malgré la conviction qu’il affiche. Quoi qu’il en soit par conséquent, il faut aller.

Donc avançons, pense agacé Jeanjean qui ne redoute rien tant qu’un mot tel l’objet déposé comme un pauvre “il y a” sur son palier par un inconnu pendant son sommeil.

L’enjamber coûte alors forcément. Se rapprocher n’aide pas toujours. Surtout que l’inconnu c’est lui, probablement. Que faire, se dit-il, d’un pareil allergène? Et ce disant, le voici qui rassemble ses pieds pour sauter par-dessus l’ombre. Hop! Fuit le soupçon, s’en va la coupe (avancer, même sans lutter, cher Jeanjean, manifeste une santé). Pas question de brader. Saute et va. Pas de camp moniteur. Une pulvérulence s’attache immédiatement à la semelle de brave fouleur qu’il devient franchissant et qu’aucun écho, comme de juste, ne vient ni redoubler, ni falsifier. Pensez, un talc pareil, et sans veilleuse! Ombre presque gommée quant aux chevrons laissés sur le plancher, mat lui aussi, indiscutablement. Ici c’est un bonheur, le carrelage fait défaut. N’étaient les cours et leurs relâches, c’est le champ en effet. La fin des choses se vérifie. Autrement dit précisément c’est une suite rigoureuse, quasi gavotte, qui sollicite l’observateur, ainsi rangée : ponts descriptifs, herbage, cuisson zéro, lâcher de signes pour le comptage, silo d’époque à maintenance, des roses, des tas de roses, en tas, petits flacons minute. Chaque élément est en outre doté d’une précision coupante, un flocon sous la loupe.

Pas de protagoniste, on a compris, pas d’épisode, auto-focus. Rien qu’une circulation honnêtement dispensée, fuyarde, fabrique des chemins, des chemins. Jeanjean est de sortie. Vivant quasi moyen. En évidence, entre les plots de denses touffes végétales, d’un gris aussi savant qu’un nom de plante, Jeanjean va de l’avant.

Je suis et ne suis pas Jeanjean.