Noé (vies explosées) de Jacques Amblard

Collection Inventions – Roman

13×23 cm – 304 pages – impression quatre couleurs
isbn : 978-2-9157-9448-9
22,00 €
Octobre 2016

L’ouvrage

Noé est un livre choral et coloré : chaque voix est aussi une couleur que l’on peut suivre d’un bout à l’autre de l’histoire extraordinaire qu’il raconte. Le héros, Noé, est un adolescent amnésique qui va retrouver son identité en voyageant à travers ses vies antérieures. On remontera ainsi bien sûr jusqu’au déluge. Il fera d’innombrables rencontres étonnantes mais seules quelques voix l’accompagneront jusqu’au bout du voyage. Livre musical et mystique, polyphonique, à chanter autant qu’à lire, Noé est un chef-d’œuvre inclassable et éblouissant.

Le jeune héros est amnésique. Idiot.
À part Dieu et une certaine joie enfantine, une espérance ensoleillée, il ignore tout : qui est-il ? Où a-t-il appris à chanter ?
Qui sont ses parents ? Pourquoi son père semble-t-il vouloir le tuer ? Quel est ce métier immonde qu’il exerce presque à son insu ? Pourquoi paraît-il attirer les animaux ? Que les bêtes lui veulent-elles ? Qui est cette fille époustouflante qu’il rencontre à tout coin de rue sans qu’il puisse l’aborder ? Ces questions – bien sûr – en appellent une autre : qui fut-il lors de ses vies antérieures ?

Cet ouvrage a bénéficié du soutien de la région Île-de-France.
L’auteur

Musicologue féru de montagne et d’animaux, Jacques Amblard publie ici, après V comme Babel (Balland, 2001) et L’harmonie expliquée aux enfants (MF, 2006), son troisième roman. Auteur de deux ouvrages de référence sur Pascal Dusapin (L’intonation ou le secret, MF, 2002) et Olivier Messiaen (Vingt regards sur Messiaen, Presses universitaires de Provence, 2015), sa vie est aujourd’hui occupée par ses trois grandes passions : l’enseignement, l’écriture et la marche.

Extrait

Le texte est fait de conversations surtout. On a donc ôté les traditionnels tirets de dialogue au début des lignes, sans quoi ils eussent envahi toutes les pages. Simple économie. On a volé – disons emprunté – cette idée à Cormac Mc Carthy.
L’idée générale est de se concentrer sur l’aspect mélodique de la parole – sur la musique, sur la prosodie.
Quand une personne parle, c’est indiqué par l’emploi de caractères normaux (« romains ») et Voilà je parle. Quand l’interlocuteur change, on passe simplement à la ligne comme d’habitude.
Tu comprends ?
Bawiii 1.
C’est la sonorité des mots (ou simples caractères) qui compte,
comme dans ce qui précède (qui traditionnellement s’écrit bah oui, hein).
Tout ce qui n’est pas parlé est indiqué en italique comme ici.
Cependant les italiques peuvent aussi paraître au milieu d’une phrase de dialogue, sur une seule syllabe, ou plutôt sur un « son » de type voyelle au sens large et dans ce cas, pour indiquer l’accent tonique.
Tu te laves vraiment j’espère.
Quand quelqu’un ne répond pas : un point à la place de sa réponse. Tu m’aimes ?
.
Tu me déshabilles ?
.
Le texte est partiellement en couleurs pour souligner trois timbres
(couleurs vocales), c’est-à-dire trois personnes particulières quand elles parlent. Quand les propos sont indiqués en rose comme dans Kestum chantes là c’est que c’est nous, le « personnage principal » qui parlons. Le bleu indique Jean de Médicis et Bonjour (Médicis ou l’une de ses réincarnations) tandis que le vert trahit Messaline qui dit Vas-y c’est ton tour. Moi ? Moi ? Non toi ! C’est toujours moi…
Les rires ne sont plus indiqués par les traditionnels ha-ha-ha, ho-ho, hi-hi mais par h-h-h ou h-h-f ou f-f-m etc. Viennent d’autres onomatopées, ainsi des soupirs appréciateurs hhHhh ou de découragement Hhhhh ou des protestations enfantines à bouche fermée nNn ou autres.
Con fuoco hhHhh. Tu es énoOorme là. f-f-m. Bon ok on fait comment. Hhh…
Une chose importante. Écoutez cette affirmation maussade : Wèe.
Eh bien le e est une retombée de l’intonation (après l’accent
tonique sur Wè indiqué par les italiques), d’effet adolescent et populaire, typique de certaines prosodies de jeunes banlieusards (filles plus particulièrement ?) depuis les années 1980 peut-être. Il faut le préciser car des lecteurs avisés étaient passés à côté de prime abord. Ils avaient cru ces e muets. Il y a des variantes avec a ou an (an prononcé comme dans l’an prochain, non pas ann).
Kwaaa e. Wèèè an. Nooooon a. C’est des conneriiies an.
Certains italiques initiaux donnent le ton de la réplique (brèves didascalies), parfois selon des termes italiens ou allemands issus de la tradition musicale.
Simplice Awè ?
Leicht Ewè.
Le Seigneur est avec vous.
Certaines phrases en caractères gras, récurrentes, répétées, se
glissent parfois entre les paragraphes comme juste ci-dessus. Il n’y a pas lieu d’y prêter attention, elles prendront leur sens en leur temps. Et maintenant bon courage lecteur. Quand tu seras perdu dans les décombres, l’éclatement du style, rassure-toi en te disant que ce flou est celui de l’esprit – amnésique – du personnage principal, soit le nôtre, et que tout ceci, au mieux, pourrait signifier quelque chose après tout. Une dernière précision. Nous (toi et moi), pensons avoir vécu des vies antérieures animales. Le Je des chapitres intitulés « Vie antérieure » est donc toujours le nôtre. Le narrateur n’y a pas changé. C’est toujours nous, la même entité.
Con esperanza Compris là ? L’air de dire non Wèèè a.