La Musique percute. Entretiens avec Bruno Giner par François Porcile

Collection Paroles – Entretiens

12 x 18 cm – 158 pages – impression noir
ISBN : 978-2-915794-816

13,00 €
Juin 2017

L’ouvrage

« Compositeur de mots, écrivain de notes… » C’est ainsi qu’aime à se définir le compositeur Bruno Giner. Une double casquette de musicologue et de compositeur. Né en 1960 à Perpignan, il est le petit-fils du peintre Balbino Giner Garcìa. Républicain espagnol de la première heure, le destin de sa famille est marqué par la Guerre civile et par les conséquences qui mèneront sa famille en France, en exil. Ce passé sera toujours présent en lui, Bruno Giner publie ainsi en 2015, avec François Porcile une histoire de la musique pendant la guerre d’Espagne. Compositeur de musique contemporaine, il a été l’élève de trois compositeurs diamétralement différents : Ivo Malec, Luis de Pablo et Brian Ferneyhough. La Musique percute retrace son itinéraire de compositeur et de musicologue. Si la percussion a joué un grand rôle dans l’évolution de son œuvre à partir des années 1980. Témoin de ses années de bouleversements musicaux, il est un compositeur qui a su trouver son style en métissant librement atonalité, modalité, chromatisme, textures et modes de jeux. François Porcile qui a réalisé les entretiens avec Bruno Giner, le définit comme un « franc-tireur » au meilleur sens du terme. Il est un des premiers musicologues français à avoir réévalué l’importance de la musique sous la République de Weimar, et les persécutions qu’eurent à subir les musiciens progressistes et les juifs du régime Nazi. Il vient de publier à l’occasion du cent cinquantième anniversaire de la naissance d’Erik Satie, une monographie qui rend pleinement justice à un artiste d’avant-garde qui ne manquait pas d’humour.

Cet ouvrage a bénéficié du soutien de la Fondation Salabert.

L’auteur

Cinéaste et musicologue, François Porcile est né le 3 mars 1944 à Paris. Réalisateur depuis 1966 d’environ 200 films pour le cinéma et la télévision, principalement dans le domaine du documentaire culturel, historique et musical, il fut le conseiller musical de François Truffaut. Il est également l’auteur aux éditions Fayard d’une histoire de la musique en France de 1940 à 1965. Avec le compositeur Edith Canat de Chizy, il a co-signé une monographie consacré à Maurice Ohana. Il a publié aux éditions MF un livre d’entretiens avec le violoniste Jean Leber, D’un coup d’archet une vie en musique.

Extrait du livre

Liminaire

Il pourra sembler curieux qu’un tel livre soit réalisé par un cinéaste interrogeant un compositeur qui n’a jamais souhaité écrire pour le cinéma. Ce n’est qu’ajouter un paradoxe à la personnalité singulière de ce musicien, indépendant par nature, ennemi de tout système, rétif à tout étiquetage, viscéralement épris de liberté, mais néanmoins fortement immergé dans le tourbillon de son temps. Tenter de définir Bruno Giner reviendrait à utiliser, dans son meilleur sens, le terme de « Franc-tireur ». Et encore, faut-il se méfier des définitions trop sommaires. Certes, le franc-tireur refuse toute discipline de groupe, il est l’« outsider » qui n’appartient à aucun parti, ce qui correspondrait effectivement au caractère et à l’esprit foncièrement libertaire de ce compositeur.
En même temps, la position de franc-tireur ne signifie nullement pour lui faire « bande à part ». Et tireur implique automatiquement cible, donc trajectoire. Celle de Bruno Giner, si elle peut apparaitre solitaire, est avant tout solidaire. Hostile à toute connotation élitaire du fait musical, le compositeur est un défenseur convaincu de sa fonction à la fois sociale et ludique. Un tel choix n’est pas une posture de départ, il est la résultante d’un long parcours, d’une patiente exploration à travers les méandres et de nombreux affluents du fleuve « langage musical », qui débouche sur un delta à la topographie toujours incertaine.
Notre rencontre remonte à 2007, à l’occasion du baptême du Conservatoire qu’il dirige, celui de Combs- la-Ville, dédié à l’un de nos compositeurs de prédilection, Maurice Ohana. Il me proposa aussitôt d’écrire ensemble une chronique historico-politique des musiques pendant la guerre d’Espagne, sujet jusqu’alors absent de l’édition française. Il terminait à l’époque son livre sur la musique dans les camps de concentration nazis, et j’allais bientôt prononcer au Festival Pablo Casals de Prades une conférence sur l’attitude des compositeurs de tous horizons face à la guerre d’Espagne. Etant hispanophones l’un et l’autre (avec pour Bruno l’avantage de maîtriser la langue catalane), le projet se présentait sous les meilleurs auspices. Cinq années furent cependant nécessaires pour que l’ouvrage apparaisse enfin sur les présentoirs des libraires. Mais ce laps de temps fut mis à profit pour l’affermissement d’affinités électives, entretenues par une exploration régulière des crus des Côtes du Rhône, choix non fortuit car ce fleuve au cours tumultueux et toujours surprenant reflète assez bien son cheminement « atypique ».
Ce qui frappe d’emblée, dans le parcours original de ce compositeur autant amoureux des sons que des mots, c’est la relation intime entre son écriture de musique et ses écrits sur la musique, et ce, depuis plus de vingt ans. Ses nombreuses pièces pédagogiques, qu’il préfère nommer « œuvres d’apprentissage », répondent à l’ouvrage publié en 2003 à destination d’un jeune public : Toute la musique ? ; ses racines catalanes qui illuminent Rauxa (2014) font écho à la nouvelle parue deux ans plus tôt, Le crin et le fusain, récit de la rencontre entre son grand-père, peintre, et le violoncelliste Pablo Casals ; sa haine du totalitarisme, qui traverse De Weimar à Térézine, l’épuration musicale, publié en 2006, éclate dans l’opéra de poche Charlie, composé l’année suivante ; son deuxième opéra, Pion prend tour en D 9 (2011), est exactement contemporain de son livre Survivre et mourir en musique dans les camps nazis ; et notre ouvrage commun, Les musiques pendant la guerre d’Espagne (2015), est un lointain rebond de sa Paraphrase sur « Guernica » de Paul Dessau.
La cinquantaine passée, Bruno Giner se trouve au milieu du gué. Il a vécu les dernières passes d’armes esthétiques du siècle dernier, et a pu en « tirer » (précisément) un certain bilan, sinon un profit certain. En observant le tarissement progressif des principes conceptuels de l’écriture « moderniste », il répond à cet épuisement des langages par le plaisir du geste musical, une immersion hédoniste dans la richesse inépuisable du son.

François Porcile

Presse