L’étoile la plus proche d’elle-même de Jacques Ferry

Collection Inventions – roman

13 x 18 cm – 192 pages – 12,00 €

isbn : 2-915794-12-X

L’ouvrage

Deux livres de Jacques Ferry sont parus en septembre 2006 : L’Étoile la plus proche d’elle-même et Un certain retour à l’extrême sauvagerie. Vous trouverez ci-dessous une présentation de ces deux livres.

Les deux livres de Jacques Ferry que les éditions MF ont publié sont des livres dont le projet ne se résume pas aisément. C’est en cela qu’ils trouveront naturellement leur place au sein de la collection Frictions, qui s’est structurée autour d’une idée simple mais ambitieuse : publier des textes renouvelant les modes narratifs et donc, également, la langue du roman, du récit ou de la poésie – fusse au prix d’un bouleversement des habitudes de lecture.

C’est le cas avec ces deux textes que nous voulons publier (L’étoile la plus proche d’elle-même et Un certain retour à une extrême sauvagerie), qui déroulent une langue et une narration caractéristiques de ce qu’écrit Jacques Ferry depuis une vingtaine d’années : un mélange complexe d’images fulgurantes que l’on pourrait dire surréalistes, et de bribes narratives structurées par le retour de certaines images ou de certains personnages (tels Raminagrobis – figure empruntée à Rabelais et Boulgakov – ou les trois stooges – ces acteurs comiques qui tournèrent plus de 600 films -, le coq mède et Martine Carol).

Jacques Ferry ne raconte donc pas d’histoire. Pour autant ses livres sont construits autour d’un projet : faire naître une fiction de la juxtaposition de toutes ces images ou visions qui, parce qu’elles sont retranscrites au présent de l’indicatif, tendent naturellement à freiner le déroulé du récit. Le présent de l’indicatif – absolument systématique chez Jacques Ferry – est déstabilisant car il tend à briser les liens qui unissent les phrases entre elles (liens logiques ou temporels qu’assurent à merveille, habituellement, le passé simple et l’imparfait). Le pari de Jacques Ferry peut donc se définir de la sorte : rendre manifeste une histoire qui serait contenue de manière latente dans toutes ces images surréalistes qu’il couche sur le papier. La plupart des écrivains fonctionnent différemment ; ils pensent une histoire qu’ils essayent ensuite d’agrémenter à coup d’images. Jacques Ferry, lui, pose des séries d’images et de cette juxtaposition naissent des histoires aussi saugrenues que poétiques, aussi belles que puissantes.

Les livres de Jacques Ferry n’ont été que très peu publiés jusqu’à présent mais nous croyons que la puissance poétique de son œuvre doit être connue et nous sommes fiers d’aider à cette reconnaissance en le publiant. Pour autant, conscients du caractère déconcertant de ces textes, nous avons décidé de les accompagner de postfaces qui en rendront l’accès ou les enjeux plus évidents. Un certain retour à l’extrême sauvagerie sera donc suivi d’une postface de Pierre Parlant (dont les éditions MF ont publié le cinquième livre en septembre 2005). L’étoile la plus proche d’elle-même sera quant à lui suivi d’une postface du réalisateur Nicola Sornaga (qui a reçu un prix du Festival de Belfort pour son premier long métrage, consacré à Matthieu Messagier, Le Dernier des immobiles).

L’étoile la plus proche d’elle-même a été publiée avec le soutien de la Région et du Centre Régional du Livre de Franche-Comté.

L’auteur

Naissance en 1950. Les premiers écrits datent de 1955, date à laquelle l’auteur s’évade de l’alphabet pour mieux se consacrer à la destruction du verbe. Livré à lui-même, se réfugie dans la violence et la solitude ou s’enferme dans la chambre stérile. Un peu de tourisme anormal : Venise, Trieste, Pula, Barcelone, le col du Brenner, Fort Wayne (Indiana), Youngstown (Ohio), Mac Henry (Illinois), Boston, New York. Pour écrire Journal intime d’un miaulement (1990), se réfugie pendant quinze ans dans une petite maison de garde-barrière effleurant le chemin de fer d’intérêt local, entouré de chats tigrés. L’auteur fonde la ligue vélocipédique beige avec la pluie. Suivront : Rio Negro, Quintessence d’une fausse piste, La Version muette du silence, L’Etoile la plus proche d’elle-même, Œuvre d’enfance en langue de chat, Les écrits mystiques de Vicence, Un aller simple pour nulle part.
Autrement : rien à signaler.
Enfant, s’évade de l’alphabet pour se réfugier vers les abreuvoirs, afin d’entendre les vêpres de loin, l’angélus, les troupeaux au milieu des bois parmi les acacias, les peupliers, les saules. Le bois du prince devenant peu à peu un lieu de prédilection. Enfant, ne se mêle pas aux autres. Le silence l’a choisi.
(…)
Pour la biographie, je pense qu’il n’y a rien à ajouter. Bien difficile à cerner. Vous savez, je m’enfuyais de l’école et je dormais dans les cimetières en Italie (à Olgiate Comasco par exemple, vers 1965) et plus tard (en 1972) sur la tombe de James Dean. Mais est-ce possible d’y accorder de l’importance ? La doctoresse qui m’a examiné à six mois a dit : « C’est un solitaire » Ce qui m’intéresse ce sont les forêts, la roue libre, les visages inanimés, la rigidité cadavérique, le sentiment de castration chimérique. Les rouges-gorges et les rossignols de muraille m’ont encouragé à écrire. La province offre tant d’occasions de parler aux murs (mûres) ou de faire le mur (avec des dactylos). Le boucher des vahinés exerce en dehors de la réalité. Les catafalques impressionnent les beautés locales.
Jacques Ferry

Presse

Le Matricule des Anges (octobre 2006) : L’Étoile la plus proche  par Pierre Hild

Jacques Ferry, originaire de Vicence dans le nord-est de l’Italie, est né en 1950 à Montbéliard. Depuis, il vit en Franche-Comté, dans ce pays de Trêlles, pays réel/imaginaire que Matthieu Messagier décrit dans son livre Orant. De sa vie, on connaît peu de chose. Il fut de l’aventure du Manifeste électrique, en 1971, côtoyant déjà Messagier ou Michel Bulteau. Il participa à la fondation des éditions Electric Press. Il connut sûrement les tribulations d’un jeune homme qui vivait la marge de son temps : voyage à New York, passage éclair à l’Actor’s Studio. Bien vite, plutôt que de battre les estrades publiques, il prit le maquis d’une campagne personnelle. Seul le film de Nicola Sornaga, Le Dernier des Immobiles (2004), le fixe sur grand écran. Trop occupé, par ailleurs, à l’édification d’un musée personnel qui mêlerait Louis II de Bavière et le Velvet underground ; à rouler ses quatre-vingts kilomètres quotidiens, à bicyclette, car “la conquête musculaire inspire une tour d’ivoire”. Jacques Ferry est un écart, une voix off, un personnage que l’on imagine proche d’Alfred Jarry et son pédalier pataphysique, ou de Maurice Fourré, quincaillier surréaliste. Un des personnages de Ferry, le poète coq mède, le dit : “La poésie, c’est de la quincaillerie, comme le reste…”

[…]

Ferry c’est un “théâtre”, comme on dirait “tout un poème”. Un théâtre d’ombres, de silhouettes, de marionnettes, où les guignols se découvrent poupées russes. Que l’auteur adopte ou non un dispositif idoine comme dans les trois actes de “La Pureté”, sous-partie de L’Étoile la plus proche d’elle-même la voix du texte emprunte aux paroles de nombreux personnages, récurrents : Jody G. Laponie, Roger Grizzly, Martine Carol, Patrick Baobab, Joselito, les trois Stooges… Ombres errantes, icônes de papier jauni, étoiles filantes, ces personnages n’ont pas d’identité limitée, pas de raison sociale. Ce sont des “Animaux Fabuleux qui ne cotisent pas”. Si l’un d’eux se nomme le petit ramoneur, tous ont en commun d’être des rémouleurs qui attendent leur heure : “L’Heure de moudre (qui) indemnise les gestes vagues”.

[…]

Écrire, c’est dire, multiplier les dits, accumuler les phrases simples de coeurs simples. Si la phrase se gonfle, parfois, c’est qu’elle monte d’une succession de formes simples : sujet, verbe, complément. Aphorismes énigmatiques. “Le fond des choses ne précise pas comment s’asseoir”. “La séparation exige les ablutions de Manosque”. Séquences coupées d’un épisode narratif. “Les haut-parleurs diffusent Stormy Weather entre les branches de houx”. “Un type boursouflé me demande de retrouver une Marilyn de Rapid City”. Coq-à-l’âne aux liaisons monstrueuses et merveilleuses. “Les variétés approfondissent l’urinoir du kiosque”. “Les moeurs nocturnes d’une main gantée obtiennent les palmes désoeuvrées”. Jouant de la plongée et de la contre-plongée, multipliant les angles de vues, collant les morceaux disparates de films perdus empruntant là, peut-être, aux cut-up d’un Burroughs Ferry traverse les eaux dormantes pour décoller la phrase du monde des apparences, atteindre ce point où la phrase “correspond au fond du lac et annonce un tel renoncement aux apparences”.
Pour dérégler l’ordre d’un certain monde, l’humour est une arme. Il y a les anecdotes incongrues : “J’ai vu Roger Lanzac comme je vous vois dans une épicerie vers 1959”. Les tautologies qui forment blague à toto : “C’est au cours de l’élection de la supermamie que la supermamie a été élue supermamie”. Le détournement des jeux de mots idiots : “Arlette à Malibu”. C’est bien ainsi. À côté des fulgurances poétiques, un calembour lourdaud. On ne regarde pas à la dépense, ici  “Tout cycliste est aussi bien champion de la dépense” dit Pierre Parlant dans sa postface à Un certain retour… Jouir des trésors de la phrase, c’est savoir la dilapider. Et puis, comme le dit Lord Nagasaki “La sécheresse détruit les films burlesques”.
“Ce que j’aime le plus dans la vie, c’est écouter la pluie jusqu’à perdre mon identité tandis que la brise se lève en se rapportant à l’anonymat dont on entoure la chandeleur et l’heure de moudre à une fraction de seconde de la saponine un dimanche.”
 Pour apprendre à écouter la pluie, donc.