Les cloches d’Atlantis. Musique électroacoustique et cinéma / Archéologie et histoire d’un art sonore de Philippe Langlois

Collection Répercussions

14 x 21 cm – 512 pages – 26,00 €

isbn : 978-2-9157-9455-7

L’ouvrage

C’est à l’histoire des inventions sonores au cinéma que nous convie Philippe Langlois, au croisement de la technique, de la musique et du cinéma, dans le sillage des compositeurs et des cinéastes les plus inventifs.

Des dispositifs de sonorisation du cinéma muet aux manipulations du son qui découlent de l’usage de la piste optique, de la fiction aux films documentaires, du cinéma d’animation aux films expérimentaux, un champ ténu de convergence s’élabore où se dessine une forme de préhistoire des musiques électroacoustiques.

Ces expériences ne sont pas sans répercussion sur la démarche de Pierre Schaeffer lorsqu’il invente la musique concrète et qu’il précise sa démarche au sein du GRMC ainsi que dans le cadre du Service de la Recherche de l’ORTF qu’il dirige jusqu’en 1975.

Après les années 1950, les musiques électroacoustiques ne cessent de gagner une place de plus en plus importante jusqu’à se fondre totalement au sein du dispositif cinématographique et irriguer les principaux courants artistiques du cinéma expérimental et du cinéma d’auteur.

Une manière totalement neuve d’aborder l’histoire parallèle et underground des musiques électroacoustiques au cinéma à l’issue d’un travail de recherche de plus de dix années. Cet ouvrage a été élaboré en lien avec le site internet dédié www.lesclochesdatlantis.com qui illustre et documente ce livre à partir de nombreux extraits vidéos, sonores et iconographiques inédits.

L’auteur

Philippe Langlois est docteur en musicologie, chercheur permanent au MINT (Musicologie, Informatique et Nouvelles Technologies) au sein de l’Observatoire Musical Français et enseigne l’histoire et la théorie du sonore à l’École Supérieure des Beaux-Arts Tours-Angers-Le Mans. De 2002 à 2011, il coordonne l’Atelier de création radiophonique de France Culture aux côtés de Frank Smith avec qui il codirige la collection ZagZig aux éditions Dis Voir.

Il réalise également des environnements sonores et compose des bandes-son pour des films, des installations plastiques, des expositions, des lectures, des productions radiophoniques…

Presse
  • Libération (18 septembre 2012) : Le labo de la B.O.  par Sophian Fanen

« C’est une histoire de la mécanisation des sons au cinéma, et de leur quête troublée de naturel. Professeur d’histoire du sonore, musicologue et ancien coordinateur de l’Atelier de création radiophonique de France Culture, Philippe Langlois s’attaque, dans les Cloches d’Atlantis, à un pan trop négligé de l’histoire du cinéma (et de la critique) pour montrer comment les questions de bruits, de rythmes et de musique ont été exploitées par des réalisateurs volontaires pour dire toujours un peu plus que l’image. Il le fait avec un beau sens du récit historique, qui évacue largement les détails trop spécialisés et permet de découvrir les recoins inconnus de cette histoire éparpillée entre avant-garde et grand public, qu’il prolonge de plus sur un site internet dédié qui permet de voir et d’écouter les films évoqués. »

Vous abordez un champ historique relativement peu étudié dans sa globalité. Qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans vos recherches ?

Je ne m’imaginais pas la richesse des tentatives dans la première moitié du siècle. En remontant le fil qui part de quelques réalisateurs, comme Dziga Vertov, on s’avance dans l’électroacoustique primitive, une forêt à peine défrichée qui mêle des tentatives sur le support, le son, l’image. Je voulais replacer ces pionniers dans l’histoire. On commence à peine à découvrir l’ampleur de ce qui a été créé, comme cette partition pour quatre thérémines composée pour Aelita, un film muet soviétique [de Yakov Protazanov, réalisé en 1924, ndlr]. Les gens devaient être fous dans la salle !

On a l’impression que faire de la musique pour le cinéma a longtemps été un sujet tabou…

Oui, cette musique a pendant très longtemps été vue comme une musique non respectable, alors qu’elle a permis à beaucoup de compositeurs ambitieux d’appliquer leur musique. Mais faire de la musique d’ameublement, puisqu’il s’agit de ça, c’était impur. A ceci s’ajoutent des conditions de travail très difficiles. On donnait souvent le film prémonté au compositeur en lui demandant une heure de musique à rendre trois jours plus tard, puis cette musique était considérée comme une matière secondaire : les compositions n’étaient pas utilisées sur les scènes pour lesquelles elles avaient été écrites, elles étaient tronquées ou recouvertes… Ce n’était pas évident.

Qu’est-ce qui caractérise, pour vous, une bande-son créée pour le cinéma ?

Justement le fait qu’elle n’a pas été créée pour elle-même. La musique de film peut tout se permettre parce qu’elle se place au-dessus des batailles esthétiques. Elle n’a qu’un but : accompagner l’image. Sa fonction est différente dès le départ : c’est un matériau comme les images elles-mêmes, et le tout est soumis au montage.

« Voici un ouvrage qui renouvelle l’étude des relations entre l’image de cinéma et sa composante sonore, en même temps qu’il porte un éclairage inédit sur les télescopages qui se nouent dans l’histoire entre la musique et le monde des images animées (du cinéma des premiers temps au cinéma expérimental, en passant par le cinéma structurel et celui dit d’« auteur »). L’un des nombreux mérites de l’étude de Philippe Langlois est de décloisonner les disciplines -septième art, musique, histoire des techniques – et de rendre sensibles par là-même les courts-circuits qui n’ont pas de cessé de rythmer ces pratiques entre elles. L’ouvrage affine par exemple les transferts culturels qui s’opèrent entre le Futurisme italien et le cinéma russe, en particulier entre L’Art des bruits de Luigi Russolo et le « ciné-œil » de Dziga Vertov, lequel avait d’ailleurs une formation musicale et s’intéressa très tôt à l’élaboration d’une « radio-oreille ». Un « Laboratoire de l’ouïe » fut en ce sens créé par l’auteur de L’Homme à la caméra dès 1916, et P. Langlois montre comment ce travail sur le son a pu avoir une influence directe sur sa conception du montage cinématographique. Des pages inspirées et toujours érudites sont par ailleurs consacrées à Bells of Atlantis (1951) de Ian Hugo, qui donne son titre à l’ouvrage : sorte de « ciné-poème » où pour la première fois est fait usage une musique de film électronique, composée par les époux Louis et Bebe Barron et où « le caractère abstrait des sonorités électroniques se substitue à l’expression imaginaire des cloches de la cité antique engloutie ». Philippe Langlois propose en outre de remarquables analyses de séquences filmiques, où il examine la résurgence de la musique symphonique dans 2001, l’Odyssée de l’espace de Kubrick ou la manière dont cohabitent dans le générique de Mulholland Drive de David Lynch un ensemble orchestral et une série de « filtrage » et de « réverbération » qui rendent si hypnotique son générique de début. Saluons enfin la beauté du livre édité par les éditions MF, avec un précieux cahier iconographique. »