Les articulations de la Reine de Bertrand Raynaud

12*18 cm – 96 pages
ISBN : 2-915794-02-2

8€
Octobre 2005

L’ouvrage

Une reine, le jour de son mariage, et sous les acclamations de la foule, est détrônée par un putsch militaire qui n’affecte pas seulement sa royauté, mais déstabilise le monde tout entier (climat, collines et bosquets).

Les articulations de la Reine, pièce de théâtre musical, est le fruit d’un travail de création conjugué entre un écrivain, Bertrand Raynaud et un compositeur, François Sarhan. De l’écriture de la pièce – donnée ici dans son intégralité – à sa recréation sous la forme d’une partition de théâtre musical, on lira dans ce livre le difficile cheminement.

A une préface angoissée où le texte lui-même tente de se mettre en scène face à une musique qui va l’engloutir répond une postface patiente où le compositeur, bourreau méticuleux, se donne des airs outragés et savants pour mieux dépecer le texte et s’en habiller pour l’hiver. Créé au début du mois de mars 2004 au Théâtre Pitoëff de Genève, le spectacle, doté d’une scénographie de Fred Pommerehn, réchauffa petits et grands par son ardeur, sa frivolité non dénuée d’une certaine gravité, et le souffle métaphysique qui l’anime de bout en bout.

L’auteur

Bertrand Raynaud s’ébat dans deux univers contigus, la Musique et la Littérature. Titulaire d’une Maîtrise de lettres en Littérature médiévale (1997), il est également violoncelliste, ancien élève du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris et lauréat de plusieurs Concours internationaux.

Il donne à présent des concerts dans plusieurs formations de musique de chambre (Duo, Trio, Quatuor…) et également en soliste, accompagné par des orchestres, en Europe, Russie, et Etats-Unis.

Il est l’auteur de plusieurs pièces de théâtre sans aucun personnage (la première fut jouée en 2001 au Théâtre 347 et une autre, Le Grand Crwth, avec le compositeur François Sarhan, à Rouen pour le Festival Octobre en Normandie en 2002), de chansons dont il compose également la partie sonore, et de textes inclassables, à la fois d’une haute recherche verbale peu pourvus en évènements dramatiques : Mammifères, Planisphères a été le premier titre publié (Melville, 2004).

Extrait du livre

Prélude (bande-annonce)

Ils hurlent
Ils hurlent
Ils hurlent
Ils sont pris dans un scénario de tempête, avec du sable dans les yeux et la bouche, la femme soupire et soupire, l’homme se retourne vainqueur, et ils vont tous les deux se diviser en plusieurs parties, porteuse chacune d’un bout d’esprit, impropre au désir mais parlant énormément.
LES IGNOBLES.
Ils partent sur un bateau taillé dans la matière, et font se recommencer toutes les histoires. Leur rythme est rapide, leur démarche lente.
ÊTRES DES TEMPS.
Puis voici deux ventripotents mous qui traversent la scène : ce sont les mêmes, noyés dans leurs grands airs. Montée des deux êtres, à travers la piste à hydrogène. Ils se mangent des yeux, dans des cieux déraisonnables. Brutal festin.
L’ARDEUR NOUVELLE

LES OS DE LA DAME

Ils s’avancent alors dans la prairie, portés par des esclaves qu’on tient, l’un par la tête, l’autre par la dangereuse extrémité. Le sureau abandonné. Et c’est les jours réglementaires.
Nous étouffons.
Sous votre poids, Grand Cranté, nous étouffons.
De l’air, de l’air ! (crient les locataires)
Ils s’effondrent.
DES TONNES D’HOMMES
Qui étouffe, ici ? Qu’il le dise, et qu’il nous laisse en crever, ah, mes amis, où sont les maçons qui devaient nous maçonner ?
DES TONNES DE GENS
Certains ont encore des têtes à étoiles, des allures de biques concentrées, des blouses vivantes, on les voit se rassembler, l’homme passe la porte la bouche pleine de boue, et la femme, dédaigneuse, le tablier souillé par la mer, la terre et le ciel, emporte de son regard tout le paysage restant (coins, pourritures, deuils, vides d’église). Mais on les laisse cois. Mais ils virent au sublime, ah les haricots.

Et maintenant, du gouffre ! Du virage éternel, de l’immense mocheté !
Des gens sont repassés dans un laminoir, d’autres, moins compassés, aimèrent la studieuse, la défunte. Ils l’embrassèrent aux sourcils, avant même la nuit-de-guerre qui s’avançait. Puis firent un dessin de tout, emportèrent les ombres sur leurs épaules, mangèrent douze cents personnes et leur progéniture, s’aimèrent dans des lits à coups d’ailes, puis s’aventurèrent dans une avenue déserte.
L’AVENTURE DES GENS

LA NUIT AMÈRE
Alors ils sont charriés au cœur d’une nuit pleine et venteuse. Sous les mâts. Les êtres mal appuyés. Une impression de déjà vu a saisi toutes les bêtes vaillantes. Ils ont fait semblant de s’y trouver. Echafaudages de sang. Une buse malapprise se détourne d’eux.
ÉCHAFAUDAGES DE SANG (LES ARTICULATIONS DE LA REINE)