Appeau d’Uspudo

Collection Inventions – Roman

13 x 18 cm – 88 pages
ISBN : 978-2-9157-9495-3

9,00 €
Mars 2017

L’ouvrage

Nous suivons les aventures de Turtifli Lenboise. Il sort des eaux, invente des mots, chante d’admirables comptines et multiplie les rencontres et les aventures.

Dans le style d’un Lewis Carroll contemporain qui ne renoncerait à aucun néologisme et ne dédaignerait pas l’argot, Appeau emporte le lecteur dans un tourbillon de récits instantanés qui sont autant de visions poétiques : des nouveau-nés grandissent dans un cinéma devant le film de leur vie, Luc et Lucie s’aiment malgré les circonstances, Al Sirobule se fend d’une préface « traduite de l’étranger par un local », on croise un mage « délusionniste » et une grande vache procréatrice, etc. Turtifli Lenboise aime Doris et traverse ces miroirs sans se départir de son humeur festive.

D’une inventivité verbale constante, ce petit roman semble né de la rencontre entre un poète pratiquant les cadavres exquis et un musicien de free jazz.

A lire à haute voix et à plusieurs.

« L’heure orientale est proche. Aucune syncope n’est à l’abri. Bousculades polies en cascades. Ça marmonne. Auto-omnibulation. L’heure orientale s’approche, creuse les tempes. Bunkerisation absolue préconisée. Garder les yeux ouverts aussi grandis que possibles. Éviter de croiser du regard ses paupières. »

Cet ouvrage a bénéficié du soutien de la région Île-de-France.

L’auteur

Compositeur et multi-instrumentiste, Uspudo vit et œuvre à Paris. Appeau est son premier roman.

Extrait du livre

Turtifli Lenboise sort la tête de l’eau salée, moult crabes sentimentaux attachés à ses pieds. Trop d’apnée. Sa tête tourne, suivie de près par des anneaux de brouillard sifflant un air connu à ses lobes. Il profite de ses ongles ivoires pour se couper les cheveux d’un coup de pince tacitement autoritaire. Ébahi par le controversant foutage de gueule des astres, il cesse la friture. Pichoti, pikotra, tentatives de pichenettes contre les vagues.

« Ah diantre, bonzaï en slip nacré, où vais-je m’agripper ? Si uniquement j’eus été capable de posséder l’ogante aptitude de… » Quand soudain un poisson s’fait miroiter l’écaille par un homard légèrement manichéen des hanches. Étincelle partielle. Pris d’un sursaut de nageoire pédestre, dont le crabe subit un martyrisant wamosikofar nawobilichoura, Turtifli Lenboise se latéralise de soixante-dix-sept articulations. Pfiouh.

Non. Chaque jour d’ouïe : métabolisme essoufflé à l’appui.

Alors il reprend et s’néologise le trampoline. Coup d’shlaps nues dans les crustacés ensablés pionçant, aïoli. Épi vlan, le pif pointu vers le soleil qui reviendra d’taleur-moins le quart de douze, merci, promis. Splash. Mmmmh résidus maritimes goulus. Suspension éphémère. Seuls intermédiaires: les trois cloques du gros pouce d’où le pus se libère, rageur, pour se mêler à l’huile tranquille.

« Youpi ! Coi en corps ! » Très risiblement déficitaire, double-esquisses. Remue-ménage d’aqua-adaptés. Voltingue, soubresauts chamallesques, désordre virulent, « faut qu’ça bouge de bleu sacré nom d’une huître ».

***
Quatre jours avant demain. Un mage désillusioniste, à l’irascibilité atrabilaire confondante, quitte les addictions dues à la menace d’invasions de mélasses. Aller t’ranger. Des phares jaillissent des croisées. L’imperméable enveloppe une carrure. Ils appuient comme des rustres sur les pédales. Un chat épile des rosiers. Sonate de lierres.

Il descend l’escalier sous la rampe. La minuterie s’est faite la malle. Carrosseries proches, des caresses abruptes s’entrechoquent. Un couple se glisse les territoires de la langue abdominale. Il trébuche sur eux. La pénombre les distrait, l’excuse. Il cavale, massant ses semelles au parquet d’une finesse télépathique, jusqu’à l’ouverture de la porte. Quelques feuilles traversent la place en envolées migratrices où ils s’arrêtent, frein à main contacté. Une église se dresse face aux statues cachant des ampoules qui ne font pas l’unanimité. La cabine téléphonique signale son efficacité pro. Il s’agite jusqu’au combiné.

— La forme.

L’imper virevolte. Tendus droits à l’unisson, ils se serrent la main puis pivotent. Il s’installe à l’arrière. Ça redémarre. Une jeune femme jette sa cigarette par la fenêtre qu’elle referme, puis s’essuie les coudes d’un balayage sinusoïdal imparfait. La première auto emprunte la conduite jusqu’à la forêt. Sa suivante la double, se fait dépasser. Il ne respire peu. Passage de témoin à tabac. Extinction des phares quasi-instantanément générale. Moult hêtres sont là adossés en une couverture voilant le ciel. Il s’écarquille à remuer ses doigts qu’il ne voit pas sur ses sourcils. Les portières s’ouvrent. La bise passe entre chaussettes et pantalons, s’immisce autour des mollets dansant désormais. Une voiture freine jusqu’à s’immobiliser. Il retire son imperméable. À l’avant, on taquine le volant par vrilles fractionnées. Ses poings s’ouvrent parallèlement dans son cou. L’autre voiture recule sans passer par le choix de la marche arrière. Ce platane n’aura sauté que sur douze côtes et trois tibias. La voiture s’élève le temps d’un tronçon. L’air appelle l’imperméable qui opine du capuche. La sueur s’empare des deux passagers. Leurs habits s’immaculent. À l’avant, il accélère, encore. Une portière y reste, sa voisine se claque. Tonneau. Livre mort : bords d’ailes de merle. Il écoute le râle de ses tempes.

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